Discours liminaire de la Présidente : sommet sur le Pacte vert
Monsieur le Premier ministre, cher Petr,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Au début du mois de novembre 1989, un jeune étudiant de Bohème descendit dans la rue pour manifester contre le régime communiste car l'air de sa ville natale était devenu tout simplement irrespirable. Cela fut l'étincelle qui déclencha la révolution de velours. Trente-cinq ans plus tard, nous savons tous que les carburants fossiles sont un poison, aussi bien pour la santé de chacun que pour notre climat. Il y a tout juste un mois, j'étais en Grèce alors que le pays était ravagé par les pires incendies que l'Europe ait jamais connus de mémoire d'homme. Et seulement quelques semaines plus tard s'est abattu sur ce même pays l'équivalent de trois années de pluie en seulement trois jours. Et la même chose se produit en Libye, comme en Slovénie, en Espagne et aux Philippines. Voilà la réalité d'une planète en ébullition.
Le pacte vert pour l'Europe est né de la nécessité de protéger les peuples et la planète. Mais il a également été conçu comme une occasion d'asseoir notre prospérité future. Et depuis sa création, il a tenu promesse. L'an dernier, par exemple, les émissions de gaz à effet de serre ont diminué d'environ 2,5 % en Europe, tandis que l'économie a enregistré une croissance de 3,5 %. Nous sommes parvenus à réduire nos émissions tout en faisant croître notre économie. Ici même, à Prague, par exemple, le long de la ligne de bus 170. Les bus de cette ligne commencent à rouler à l'hydrogène. Ils ne font presque pas de bruit, et leurs émissions sont Nonees. Et surtout, cette nouvelle génération de bus est fabriquée par Škoda – le champion tchèque de l'automobile. Et ce n'est qu'un exemple des innovations réalisées en Tchéquie dans le domaine de l'hydrogène. Tatra Trucks présentera au mois de novembre son premier poids lourd roulant à l'hydrogène. Il a été conçu, en collaboration avec de nombreux instituts de recherche tchèques, pour les terrains difficiles et les missions extrêmes, notamment pour la lutte contre les incendies et les opérations de sauvetage. C'était encore impensable il y a seulement quelques années. Tatra est déjà un symbole de la fierté nationale tchèque, en tant que troisième plus ancien constructeur automobile du monde. Et le groupe explore à présent de nouveaux horizons dans le domaine de l'innovation propre. Les industries tchèques recèlent un immense potentiel. Ce pays d'inventeurs et d'innovateurs a été pendant des siècles le cœur de l'industrie manufacturière européenne. Forts de votre passé prestigieux, vous entrez maintenant dans l'ère du futur.
Et dans le cadre du pacte vert, l'Europe est à vos côtés. Les entreprises européennes développent de nouvelles idées et de nouvelles solutions. Ce dont elles ont besoin pour croître, c'est de prévisibilité, afin de pouvoir planifier leurs investissements. Un cap clair qui fixe la direction dans laquelle avancer. Et c'est exactement ce que le pacte vert pour l'Europe leur apporte. Lorsque nous nous sommes engagés dans cette voie il y a quatre ans, nous avons défini une vision claire consistant à faire de l'Europe le premier continent neutre pour le climat d'ici à 2050. Nous avons ancré cette vision dans notre loi sur le climat. Et nous nous sommes fixé des objectifs avec une feuille de route fiable. C'est également grâce à la Tchéquie que cela a été possible. Lors de votre présidence du Conseil de l'Union européenne, cher Petr, vous avez joué un rôle essentiel dans l'adoption de notre paquet «Ajustement à l'objectif 55», qui constitue le principal pilier de notre pacte vert. C'est ce que les entreprises européennes attendaient. Que l'Europe fixe fermement un cap, afin qu'elles puissent investir et innover. Merci infiniment d'avoir contribué à rendre cela possible.
Mais le pacte vert pour l'Europe n'a jamais été seulement une affaire de règles. Il reposait sur des investissements massifs – NextGenerationEU et REPowerEU – destinés à accélérer la transition vers l'économie verte de demain. Et nous avons pu constater le pouvoir transformateur de ces investissements dans notre secteur de l'énergie. Lorsque Poutine a tenté de nous faire du chantage au gaz naturel, le pacte vert a été la réponse de l'Europe. Ici en Tchéquie, par exemple, vous avez utilisé des ressources européennes pour améliorer l'efficacité énergétique de vos bâtiments. Et pendant la première année de la guerre, vous avez installé près de quatre fois plus de capacité solaire que l'année précédente. Ce sont ces progrès impressionnants qui ont conduit, à juste titre, votre gouvernement à décider de doubler vos objectifs en matière d'énergie solaire pour 2025. Aujourd'hui, l'Europe, pour la première fois de notre histoire, produit plus d'électricité à partir de l'éolien et du solaire qu'à partir du gaz. Non seulement les énergies renouvelables sont bonnes pour la planète, mais elles sont produites localement, elles créent de bons emplois ici même, et elles sont bonnes pour notre indépendance énergétique.
Les transformations impulsées par le pacte vert pour l'Europe vont bien au-delà de notre secteur de l'énergie. D'emblée, l'un de nos principes fondamentaux a été de ne laisser personne de côté. Permettez-moi de vous donner deux exemples, qui concernent des industries à forte intensité énergétique et des bassins miniers situés ici même, en Tchéquie. La production de verre est une fierté nationale en Tchéquie. Et ce, à juste titre. L'Europe chérit ces joyaux de l'industrie nationaux. Et aujourd'hui, avec le projet Volta, nous investissons dans une production de verre plus propre. Nous soutenons l'électrification des fours à verre plat existants de telle sorte qu'ils puissent réduire leurs émissions de plus de 75 %. C'est un investissement vital pour rendre l'industrie européenne du verre plat compétitive, y compris dans l'économie propre de demain.
Mon second exemple concerne ces régions qui ont besoin d'investissements plus conséquents avant de pouvoir emprunter la voie d'un avenir plus propre. À l'instar des trois bassins miniers tchèques, à savoir les régions de Karlovy Vary, d'Ústí et de Moravie-Silésie. Je sais que de nombreuses populations locales s'inquiètent de leur avenir. Parce que les mines de lignite et le secteur du charbon emploient des milliers de personnes. C'est bien pourquoi nous avons fait de l'investissement dans ces régions la priorité absolue de notre pacte vert pour l'Europe. Notre Fonds pour une transition juste investit actuellement 1,6 milliard d'euros ici, en Tchéquie, en se concentrant tout particulièrement sur la création de nouvelles vallées de l'hydrogène dans ces régions mêmes qui dépendent actuellement du charbon. Nous investissons tout le long de la chaîne de valeur de l'hydrogène propre, de la production au stockage, du transport aux applications industrielles. Ces investissements vont créer des milliers d'emplois durables pour les travailleurs tchèques. Voilà l'essence de notre pacte vert pour l'Europe en tant que nouvelle stratégie de croissance: produire des résultats concrets pour toutes les industries et toutes les régions d'Europe.
Mais notre tâche est loin d'être achevée. Les entreprises européennes restent confrontées à un ensemble de défis qui entravent l'innovation. Permettez-moi d'en évoquer brièvement trois. Premièrement, le coût élevé de l'énergie. À l'été 2022, au plus fort de la crise énergétique, les prix du gaz étaient dix fois plus élevés qu'aujourd'hui. Aujourd'hui, en Europe, les prix de l'énergie sont revenus à leurs niveaux d'avant-guerre. C'est notre unité qui a permis d'aboutir à ce résultat. Il n'en reste pas moins que nous payons l'énergie à un prix structurellement plus élevé que d'autres continents. Et que c'est un problème pour notre compétitivité mondiale. La solution est à portée de main. Elle dépend du bouquet énergétique de chaque pays. Je le dis très clairement: le choix est, et restera, une prérogative nationale. Nous savons que le nucléaire occupe une place centrale dans le système énergétique de la Tchéquie, une place importante pour la puissance de base. Et nous savons qu'il faudra continuer à investir dans ce secteur pour qu'il puisse jouer un rôle important dans la transition énergétique de la Tchéquie. Il en va de même pour les énergies renouvelables. Si la part des énergies renouvelables dans notre bouquet énergétique continue à augmenter au rythme actuel, nous serons bientôt protégés contre les prix élevés des combustibles fossiles importés. Nous devons donc garder le cap, afin de permettre à tous les Européens d'avoir accès à une énergie propre abordable.
Deuxièmement, la concurrence déloyale. Trop souvent, nos entreprises européennes se trouvent concurrencées par des acteurs étrangers fortement subventionnés. Songez à l'industrie automobile. Les constructeurs automobiles tchèques investissent aujourd'hui massivement dans de nouvelles lignes de production de véhicules électriques. Mais dans le même temps, les marchés mondiaux sont inondés de voitures électriques chinoises bon marché, dont le prix est maintenu artificiellement bas par des subventions publiques considérables. C'est la raison pour laquelle nous lançons une enquête antisubventions sur les véhicules électriques en provenance de Chine. Les entreprises européennes seront toujours disposées à affronter la concurrence. Mais une concurrence loyale.
Troisième et dernier point: chaque secteur économique est confronté à des défis spécifiques dans sa transition vers un avenir propre. Certaines industries sont en butte à la lenteur des délivrances de permis. D'autres, à des obligations déclaratives excessives. La plupart pâtissent de difficultés d'accès aux matières premières ou ont du mal à recruter de la main-d'œuvre qualifiée. Avec le plan industriel de notre pacte vert, nous apportons des solutions à l'ensemble des secteurs économiques. Mais il est désormais temps d'aller au contact de chaque écosystème industriel. C'est pourquoi nous entamons une nouvelle série de dialogues sur la transition propre avec l'industrie, y compris – cela va de soi – avec l'industrie tchèque. Nous voulons répondre aux difficultés spécifiques auxquelles chaque secteur est en proie. Car la transition nous concerne tous.
Honorables invités,
Mesdames et Messieurs,
La Tchéquie est un pays de réformateurs et de pionniers. C'est le pays de naissance du train électrique et du mot «robot». Un pays qui a toujours su marier tradition et modernité, passé et avenir. Vous possédez tous les atouts nécessaires pour devenir un leader européen de l'économie propre de demain: une base industrielle solide et cette ingéniosité qui propulse vers l'avant. Saisissons les opportunités que nous offre le pacte vert pour l'Europe. L'avenir des industries tchèques est entre vos mains.
Je vous remercie de votre attention.
| Zařazeno | út 26.09.2023 09:09:00 |
|---|---|
| Zdroj | Evropská komise fr |
| Originál | ec.europa.eu/commission/presscorner/api/documents?reference=SPEECH/23/4614&language=fr |
| lang | fr |
| guid | /SPEECH/23/4614/ |
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