Discours de la Présidente : débat en séance pléniere du Parlement européen
« Seul le texte prononcé fait foi »
Bonjour à tous,
Notre marché unique est bien plus qu'un marché à l'échelle continentale ; il est la pierre angulaire de notre identité européenne. Il unit nos citoyens, nos entreprises et nos valeurs. La libre circulation des marchandises, des services, des capitaux et des personnes a généré des décennies de croissance, d'emplois et de perspectives. Elle a offert de meilleurs choix aux consommateurs, des marchés plus vastes aux entreprises et des normes plus élevées dans l'ensemble de notre Union. Le marché unique demeure notre outil le plus efficace, non seulement pour assurer notre prospérité, mais aussi pour exercer notre influence stratégique. En effet, avec 450 millions d'habitants et un marché de 18 000 milliards d'euros, l'Europe a le pouvoir de fixer des normes mondiales. Cependant, à une époque marquée par des mutations technologiques incessantes, par l'urgence climatique et par les rapports de force géopolitiques, il n'est plus suffisant de simplement préserver le marché unique tel que nous le connaissons. Celui-ci ne pourra en effet rester en adéquation avec son objectif que si nous le modernisons, le complétons et l'adaptons aux défis d'aujourd'hui. Permettez-moi de mettre en avant six points.
Premièrement, nous devons achever ce que nous avons commencé. Nous devons éliminer les obstacles qui subsistent au sein de notre marché intérieure. Nous disposons pour ce faire, à l'échelle européenne, de la proposition portant sur la lutte contre les dix obstacles qui entravent le plus le fonctionnement du marché (connus sous le nom des « Terrible Ten »), et de EU Inc., un ensemble unique de règles s'appliquant dans toute l'Europe. Quant au niveau national, nous devons lutter contre la surréglementation. Nous devons tout mettre en œuvre pour faciliter le développement des entreprises à l'échelle européenne. C'est la promesse fondamentale du marché unique, et elle doit être tenue.
Deuxièmement, le marché unique doit être numérique dès la conception (digital by design). Et la prochaine phase de l'innovation sera définie par la manière dont nous appliquerons nos capacités numériques dans le monde réel. Les technologies telles que l'IA doivent être connectées aux systèmes physiques qu'elles sont censées améliorer. La bonne nouvelle, c'est que l'Europe est déjà très en avance en la matière. L'Europe compte des entreprises industrielles de premier plan au niveau mondial et dispose d'un écosystème florissant de start-up et de jeunes entreprises en pleine expansion. Nous disposons d'une excellence scientifique et d'une main-d'œuvre hautement qualifiée. Ce dont nous avons besoin à présent, c'est de créer un environnement qui stimule, chez nous, la demande de solutions numériques européennes. Nous devons recenser les projets d'importance stratégique et les mener à bien sur la base de modèles économiques crédibles, et nous avons besoin de nouveaux champions technologiques en Europe. Nous avons déjà fait de grands pas dans cette direction. Il y a trois ans, nous avons lancé le règlement européen sur les puces (le « Chips Act »), lequel a permis, depuis, de mobiliser plus de 32 milliards d'euros d'investissements dans les semi-conducteurs dans toute l'Europe. Nous devons tirer parti de ce succès. C'est pourquoi nous présenterons un Chips Act 2.0 afin de renforcer le rôle de l'Europe dans la chaîne de valeur des semi-conducteurs. Nous proposerons également un acte législatif de l'Union sur le développement de l'informatique en nuage et de l'IA pour soutenir la croissance d'un écosystème d'IA solide. Et cet été, nous lancerons l'appel à projets pour les premières gigafabriques d'IA. C'est ainsi que nous tirerons parti de la puissance d'échelle du marché unique dans la course à l'IA.
Troisièmement, la durabilité doit être ancrée au cœur même des règles du marché. La réussite de nos objectifs en matière de climat et de circularité exige un marché unique qui encourage l'innovation propre et élimine les barrières commerciales pour les biens et services à faible intensité de carbone. C'est pourquoi, grâce au règlement relatif à l'accélération des capacités industrielles, nous créons des marchés de pointe pour les produits propres dans toute l'Union. Il nous faut en effet mettre à profit notre marché unique pour déployer à grande échelle les industries de l'avenir.
Quatrièmement, ce moment est celui où l'Europe prend son indépendance, et le marché unique doit contribuer à lui donner vie. Depuis la pandémie, nos entreprises affrontent une longue série de perturbations de la chaîne d'approvisionnement. Comment le marché unique peut-il y remédier ? Bien sûr, il nous faut continuer de tirer parti de sa taille pour conclure de nouveaux accords commerciaux. Tout à l'heure, je partirai pour le Mexique afin de parachever notre accord global modernisé avec ce pays, qui est un fournisseur majeur de certaines matières premières critiques. Mais ce n'est pas tout : le marché unique devrait faciliter la coordination d'investissements stratégiques et l'agrégation de la demande. Nous nous y appliquons dans le domaine de l'énergie. Nous avons proposé RESourceEU et avons créé un nouveau centre des matières premières critiques. Il y a aussi les réseaux électriques, qui constituent l'épine dorsale de notre système énergétique. L'Union européenne dispose d'un des réseaux électriques les plus étendus au monde, mais la coordination doit être améliorée. C'est l'objectif du train de mesures sur les réseaux européens. Et, dans quelques semaines, nous présenterons le plan d'action pour l'électrification. Tout cela, en vue de bâtir un marché unique plus fort pour une Europe plus indépendante.
Cinquièmement, l'inclusion est importante. Chaque région et chaque citoyen doivent percevoir les bienfaits du marché unique. Il faut que les travailleurs qualifiés puissent aller là où on a besoin de leurs talents — même si c'est à l'autre bout de nos frontières intérieures « inexistantes ». C'est pour cela que nous mettons en place un train de mesures en faveur d'une mobilité équitable de la main-d'œuvre. Nous réduisons les formalités administratives et introduisons le passeport européen de sécurité sociale, nous numérisons la reconnaissance des qualifications professionnelles, et nous renforçons l'Autorité européenne du travail pour qu'elle puisse mieux veiller au respect de nos règles équitables en matière de mobilité de la main-d'œuvre. Et j'appelle cette assemblée à franchir l'étape suivante, en adoptant la déclaration électronique. L'idée est simple : une Europe. Un portail. Un formulaire. Tout cela est prêt, alors, allons-y. Cela aidera les talents à se déplacer là où on en a le plus besoin, tout en protégeant la dignité des travailleurs.
Sixièmement, la dimension sociale. Parce que le marché unique, ce ne sont pas seulement des entreprises, mais aussi des travailleurs, des gens. Jacques Delors disait que la dimension sociale était la condition préalable et le but du marché unique. Cela reste vrai aujourd'hui : elle est la condition préalable à des avancées et le but de tous nos efforts. Voilà pourquoi, il y a deux semaines, nous avons adopté notre première stratégie de lutte contre la pauvreté, qui permettra de faciliter l'accès à la classe moyenne et d'éviter la régression sociale. Nous consulterons les partenaires sociaux au sujet d'une nouvelle initiative destinée à accompagner les personnes sur le chemin du travail, mettant l'accent sur le retour au travail des parents, en particulier des parents isolés. Les parents ont besoin de travailler, mais, pour accepter un emploi, ils doivent bénéficier de services de garde d'enfants de qualité. Nous apportons déjà notre contribution en la matière au moyen du Fonds social européen et des fonds de cohésion. Par exemple, nous investissons 1,3 milliard d'euros en Pologne pour la création de nouvelles places dans des structures de garde d'enfants, et nous pouvons renforcer notre soutien au titre du prochain cadre financier pluriannuel. Pour le parent, un emploi, c'est gagner sa vie et tirer une fierté de ses compétences. Pour l'enfant, c'est l'apprentissage par les structures de garde et l'inclusion. Les enfants ont besoin d'être en contact avec d'autres enfants. L'emploi et l'éducation sont les meilleurs moyens de prévention de la pauvreté. Alors, intensifions nos efforts – le jeu en vaut la chandelle. Au passage, quand on parle d'emplois, il doit toujours s'agir d'emplois de qualité. Les emplois de qualité façonnent la main d'œuvre qualifiée dont nous avons besoin pour être concurrentiels sur la scène mondiale, et ils entraînent un cercle vertueux qui fait augmenter la productivité et les salaires. C'est la raison pour laquelle nous examinons avec les partenaires sociaux les détails du futur acte législatif sur des emplois de qualité. Des emplois de qualité sont bons pour les travailleurs, bons pour les entreprises, bons pour l'Europe, et ils doivent être au cœur d'un marché unique plus fort.
Mesdames et Messieurs les Députés,
Le marché unique est l'une des grandes réussites de l'Europe. Mais la réussite n'est pas une chose dont nous héritons des générations précédentes. Elle nécessite des efforts de tous les instants, une vision et une volonté politique. Aujourd'hui, la volonté politique est enfin présente grâce à la feuille de route « Une Europe, un marché ». Attelons-nous à la tâche.
Merci, et vive l'Europe.
Media
EP Plenary Session
High time to deliver on the Single Market, providing certainty and predictability for EU businesses and quality jobs
2026-05-20| Zařazeno | st 20.05.2026 10:05:40 |
|---|---|
| Vydáno | |
| Zdroj | Evropská komise fr |
| Originál | ec.europa.eu/commission/presscorner/api/documents?reference=SPEECH/26/1110&language=fr |
| lang | fr |
| guid | /SPEECH/26/1110/ |
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